Historique
CARROSSERIE FONTANA, De l’Hippomobile à l’Automobile

En 1923, Jean-Marie Fontana a 18 ans, un sac d’outils sur l’épaule, il arrive à Annecy par le train. Après avoir travaillé quelques mois aux « Pilons », à SRO (SNR), il s’engage comme charron-forgeron chez Edouard VITZIKAM, au Pont Neuf à Cran-gevrier.

En 1928, à la naissance de son fils aîné, il s’inscrit à la Chambre des Métiers et lance sa propre entreprise, au Boulevard du Fier, dans le garage de la maison qu’il vient de construire.


Il fabrique ou répare les tombereaux qui extraient le gravier et le sable du Fier. Ses premiers clients sont Eugène BRUN, CARRIER, CHARVIER, DAILLON, REY-GRANGE….



Au cours des années 30, la maman et les premiers enfants l’aideront dans la préparation du « Cerclage des roues », dont certaines atteignent jusqu’à 2 m de diamètre.


Pour le Charron-Forgeron, le cerclage des roues est un temps fort. C’est un peu comme la « Batteuse » qui clôture la Moisson. Moyeux, rayons et tours de roues en bois ont été confectionnés et assemblés, les bandages métalliques, cintrés, forgés et percés d’avance.



Quant toutes les séries sont prêtes, on dispose, à même la terre battue, un cercle de bûches qu’on enflamme après y avoir déposé les bandages métalliques. Lorsque ceux-ci sont chauffés « au rouge », on les prend avec des pinces adéquates pour ajuster sur les tours de roues, à l’aide de leviers terminés par des crochets, sertissant fer sur bois.


Le bois brûle, le fer se refroidit et se rétracte en comprimant tout l’assemblage de la roue. Pour éviter de trop brûler le bois, il faut accélérer le refroidissement du bandage métallique, en redressant rapidement la roue pour la plonger dans un bassin d’eau froide, tout en la faisant tourner.



Dans cette opération, chacun aura compris qu’il faut allier la vitesse à la précision du geste, sinon tout est irrémédiablement perdu.


Pendant que les Grands « ferrent et refroidissent », les Petits rechargent vite le feu pour chauffer les bandages suivants.

Même si ce n’est pas tous les jours qu’on « Cercle les roues », ce travail est un grand et dur moment physique et psychologique : il est le couronnement de tout un long et méticuleux labeur de plusieurs mois et, ce jour-là, tout le monde est mobilisé.



De l’énorme tombereau transporteur de pierres à la petite galère, l’éventail de fabrication est très large.

La Galère vénitienne est très légère : montée sur ressorts à lames d’acier, elle se laisse conduire « au petit doigt »… Sa suspension ultra-sensible la rend facile à tirer des deux poignets. Lorsque la charge est importante, pour soulager l’effort des bras, vous passez autour de l’épaule la corde accrochée è une « queue de cochon » fixée à l’avant.

Combien de courses a-t-on pu faire avec ces véhicules ultra-légers, à transporter planches ou plateaux, barres de fer ou tôles, fûts de carbure de calcium pour la génératrice d’acétylène, bouteilles d’oxygène… C’était la résistance alliée à la légèreté.


Les tombereaux, corbillards ou chariots de tous ordres sont tractés, jusque là, par des chevaux. Peu à peu, les véhicules « hippomobiles » cèdent la place aux véhicules « automobiles » qui réclament un habitacle de protection pour les conducteurs.


C’est ainsi que la « CARROSSERIE » voit le jour et c’est ainsi que, de menuisier, charron, forgeron, Jean FONTANA devient « CARROSSIER », offrant ses services de sous traitance aux mécaniciens, garagistes de l’agglomération : Lettraz-Perron, Capron, Prestail, François Lavorel…


Le 31 août 1929, certains travaux exposés à la Foire artisanale d’Annecy valent à Jean FONTANA les félicitations du Jury et le Maire, Joseph BLANC, lui décerne un diplôme d’honneur.


Ce succès publiquement reconnu le hisse d’emblée parmi les pionniers de la réparation en Carrosserie et lui apporte une publicité non négligeable.

En règlement de certains travaux, Eugène PERRON lui cède un châssis équipé de sa mécanique. Jean-Marie le « carrosse ». La carcasse et les montants de portes seront « en bois galbé » habillés extérieurement de tôle, formée à la demande. Une capote recouvrira l’ensemble.

En 1930, la 1ère voiture qui transportera sa petite famille sera donc un véhicule carrossé et équipé par lui-même.



Avec une moyenne de 50 à 60 km/h sur les grandes routes, les excès de vitesse ne provoquaient guère de gros accidents : les tôles froissées ne remplissaient pas toujours les ateliers. Cependant, la politique des constructeurs n’en était pas encore à inonder le marché de pièces détachées de remplacement, il fallait absolument tout redresser. On vivait l’âge d’or du tôlier-formeur.


Par ailleurs la charge des cahiers de commande se voyait équilibrée grâce aux transformations de certaines berlines en camionnettes, avec plateau et caisse de chargement à l’arrière : Très bon prétexte, pour le tôlier, de raviver ses cordes de menuisier-charron-forgeron.


C’est l’époque où Jean FONTANA équipera de bennes et caisses volumineuses les plus gros camions de l’agglomération, pour les transports de gravier ou sable, de charbon, de ciment ou chaux en vrac, chez Streichenberger, Pierre Guy-Jacob et la plupart des entreprises de maçonnerie : Salino, Gibello, Gurgo, Faletto, Vaglio, Bertagnolio et Bornaghi, Ceccon …


En 1937, l’apparition de la Citroën-traction-Avant bouleverse la donne de la Réparation Auto. Eliminant le châssis, la « monocoque » incorpore dans son soubassement les points d’attache de la suspension, de la direction et du moteur. Et l’on voit apparaître les ponts de mesure et les marbres, véritables tables d’opération de ce qu’on appela la « Chassimétrie »


En 1938, Jean-Marie Fontana avait quitte l’atelier du Boulevard du Fier pour se rapprocher du centre en s’installant à Cran-Gevrier, au 3 Rue de la Scierie. L’entreprise s’agrandit et au cours des années le personnel culminera avec 42 personnes qui, en juillet 1979, fêteront le 50ème anniversaire dans une immense kermesse familiale.